Contexte du projet :

De nos jours, le secteur de la santé préoccupe l’opinion publique. Les Tunisiens s’inquiètent de la détérioration et le manque d’accès aux soins de santé. Les médicaments de base sont, de plus en plus, en manque et la pénurie a atteint son apogée l’été 2018, plus de 200 médicaments sont en rupture de stock. Les équipements de soins médicaux sont manquants ou en panne dans les hôpitaux publics. Ajoutons à cela, les frais imposés pour des services gratuits de soins de santé.
Dans le secteur privé, la surfacturation des frais, la délivrance de certificat de complaisance sont devenues monnaie courante. Les intermédiaires des soins de santé se sont multipliés et les compagnies d’assurances font face au symptôme du patient « fantôme ».
Cette situation critique a engendré le phénomène de violence envers le corps médical et paramédical. 191 cas de violence dans le secteur privé et public de la santé ont été enregistrés au cours des 2 dernières années. Un autre phénomène concerne les poursuites judiciaires, 7 000 présumées erreurs médicales ont été enregistrées et 30 et 50 médecins ont été inculpés pour homicide ou coup et blessures involontaires. De ce fait, les médecins se voient contraint à pratiquer une médecine défensive et à refuser de prendre en charge les cas à haut risque de complication. La peur des poursuites judiciaires prive ainsi le citoyen tunisien de l’accès aux soins de santé. Face à cette situation critique, à la violence vécue et au risque de poursuites judiciaires encourues, plus de 400 médecins inscrits au tableau du Conseil National de l’Ordre des Médecins de Tunisie, CNOM, ont quitté le pays, en 2017, pour exercer la médecine en France, en Allemagne ou en Arabie Saoudite. Selon les pronostics du CNOM, plus de 2000 médecins quitteront la Tunisie d’ici 2020. La Tunisie devra faire face à un véritable «désert médical».
Certains analystes attribuent cet état du secteur de la santé, dans un premier lieu, à l’absence de réforme structurelle du secteur. D’autres analystes le renvoient à l’expansion des pratiques de corruption qui frappent le secteur de la santé et aggravent la situation. Reste à souligner que les différents intervenants dans le secteur ne sont pas d’accord avec la définition de la corruption. Ce qui est corruption pour les uns est une faveur ou « pratique normale » pour les autres. Nous pensons, ainsi, qu’une pratique ne peut être considérée comme corruption qu’en tenant compte de ses circonstances et des normes locales dans lesquelles est observée. En effet, ce qui est perçu comme une corruption dans une culture peut ne pas l’être dans une autre.
Les fraudes, le détournement de fonds publics pour des fins lucratives, l’extorsion de fonds sous toutes ses formes ; copinage et népotisme ; sont des pratiques de corruption.  Selon la nouvelle constitution de 2014, la corruption dans le domaine de la santé viole littéralement les droits de l’homme, car le citoyen se voie refuser le droit à la santé que l’état est tenu à assurer.
Nous résumons la corruption en des pratiques d’abus de la confiance publique. De ce fait, les principales actions de lutte contre la corruption dans le secteur de la santé doivent passer par le rétablissement d’un climat de confiance entre les patients, les médecins et les différents intervenants ; ainsi que par et l’accompagnement dans le changement de la gouvernance des différentes structures de santé par un apprentissage ciblé.
Les Grandes Écoles de la Communication, riche de par ses expériences en communication et fières de son étroite collaboration avec le CNOM et ses 6 Conseils Régionaux,  lance le projet  » Rod Bellek alal Sahttek « ,  » Take Care of Your Health  » financé par le Middle East Partnership Initiaitive, MEPI  pour une durée de 18 mois.

Description du projet :

Comme la santé préoccupe l’opinion publique, la corruption paralyse l’économie et freine sa relance. Il existe une volonté politique de combattre la corruption et mener une guerre pour assainir les finances publiques et l’économie. Dans cette optique sociétale, nous avons conçu ce projet de lutte contre la corruption dans le secteur de la santé.
Nous sommes convaincus que le respect de la légalité et de la transparence et l’instauration de la confiance sont les principales mesures pour combattre la corruption dans le secteur de la santé. Le secteur public devrait être régi par de solides mécanismes de responsabilité et de responsabilisation. Les médias et la société civile sont, dans notre projet « Rod Bellek alla Sahtek », les principaux acteurs des mesures anti-corruption.
Pour atteindre ces objectifs, nous fondons notre action sur le principe d’autorégulation, un outil efficace pour apprendre aux parties prenantes le respect de l’état de droit et pour renforcer la confiance mutuelle. La mise en place des différents codes de conduites destinés aux opérateurs du secteur de la santé, tant institutionnels qu’individuels, constitue le  garant de l’instauration d’une conscience collective et une responsabilisation sociale permettant d’améliorer la qualité des services dans le secteur de la santé. Certes, les plus sceptiques nous diront que les codes et les chartes ne manquent pas et qu’ils ne sont pas efficaces. Nous répondons que l’implication de la société civile et les médias assureront l’efficacité de cette approche d’autorégulation.
A cet effet, Il nous semble nécessaire de mettre en place, en partenariat avec le CNOM, un Observatoire National de Lutte Contre la Corruption, la Fraude et la Violence dans le Secteur de la Santé. Nous proposons de couvrir le territoire tunisien en tenant compte de la couverture territoriale actuelle de chaque Conseil Régional de l’Ordre des Médecins ; nous compterons ainsi, six Observatoires Régionaux siégeant à Béja, Gabès, Gafsa, Tunis, Sfax et Sousse.
Une fois l’observatoire et ses divisions régionales sont lancés, nous développerons une plateforme qui sera mise à la disposition du citoyen pour dénoncer de façon anonyme les abus et les cas de corruption dans le secteur de la santé. Un indice de corruption dans le secteur de la santé sera établi pour évaluer l’importance de cette pratique dans chaque institution sanitaire. Un rapport trimestriel sera élaboré et dressera l’état des lieux de la corruption sur l’échelle nationale.
La société civile, les régulateurs et les opérateurs institutionnels du secteur de la santé, ainsi que les médias locaux et les élus locaux sont les principaux acteurs de cet observatoire. Ils ont pour mission d’assurer une veille par rapport aux différentes pratiques de corruption et d’apprendre aux citoyens et aux parties prenantes l’usage des outils et moyens permettant une meilleure gouvernance dans le secteur de la santé.
Une stratégie nationale de lutte contre la corruption sera lancée au cours de 2019, année des élections législatives et présidentielles, afin d’inciter les partis politique à inclure la lutte contre la corruption dans le secteur de la santé dans leur programme électoral.
Six guides de bonnes pratiques seront rédigés et une série de formation destinées aux différents intervenants seront organisées afin d’aider les gestionnaires et les responsables dans le secteur de la santé à assurer une gouvernance saine et efficace et à lutter contre la corruption.

Les activités du projet

Une série d’activités qui s’étalent sur 18 mois ont été conçues afin de lutter contre la corruption dans le secteur de la santé en Tunisie. Ces activités sont réparties en trois volets et sont détaillés comme suit :

Objectif I: Évaluation sur le plan national du niveau de corruption dans le  secteur de la santé

  1. Mise en place d’une évaluation approfondie des services fournis par les agents de santé de première ligne ; de la fraude en matière de santé ; des achats et de la gestion de l’équipement de fournitures; de la réglementation en matière de qualité des installations, des produits et des services, ainsi que celle des professionnels. L’évaluation s’attardera également sur la qualité de l’enseignement accordé aux professionnels de la santé ; aux méthodes d’embauche et de promotion de ces derniers.
  2. Lancement d’un observatoire de lutte contre la corruption dans le secteur de la santé regroupant différents partenaires afin de créer des mécanismes de prévention de la corruption.

Objectif II: Développement d’un cadre national de lutte contre la corruption dans le secteur de la santé:

  1. Rédaction d’un code des bonnes pratiques pour les opérateurs du secteur de la santé dans le secteur public et privé.
  2. Rédaction de directives pour les procédures administratives, les mécanismes de collaboration et les initiatives de lutte contre la corruption. Ces directives porteront en particulier sur les sujets suivants: absentéisme, vol de médicaments et de matériel médical, paiements informels, fraude, distribution et stockage de médicaments.
  3. Mise en place des mécanismes de dénonciation en lançant une plateforme en ligne pour signaler toute corruption au niveau local tout en préservant l’anonymat.
  4. Élaboration d’un indice de corruption dans le secteur de la santé.
  5. Publication du rapport trimestriel sur la corruption dans le secteur de la santé en Tunisie.
  6. Rédaction d’un cadre juridique au profit du ministère de la Santé réglementant les sanctions des actes de corruption.
  7. Élaboration d’une stratégie nationale de lutte contre la corruption qui sera proposée aux partis politiques pour l’inclure dans leur programme électoral pour les élections de 2019.

Objectif III: Mise en œuvre de la stratégie nationale de lutte contre la corruption.

  1. Formation des prestataires de soins de santé, des professionnels de la santé et des administrateurs de la santé.
  2. Réalisation d’une campagne nationale de lutte contre la corruption à travers les radios tunisiennes pour soulever différentes questions reliées au secteur de la santé.
  3. Réalisation d’une campagne nationale de lutte contre la corruption à travers les réseaux sociaux visant à soulever différentes questions relatives au secteur de la santé
  4. Réalisation d’un campagne de plaidoyer pour promouvoir la stratégie nationale de lutte contre la corruption.
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